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 Dix pomes contre la guerre

         
maryam


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: 27/04/2009

: Dix pomes contre la guerre    03, 2009 9:52 am

Dix pomes contre la guerre : Marchez, frappez, tuez et mourrez, btes brutes (Victor Hugo dans Le Pape)dimanche 03 mai 2009




POEME 1 Marchez, frappez, tuez et mourrez, btes brutes (Victor Hugo dans Le Pape)
POEME 2 Maudis les corbeaux de malheur qui chantaient la guerre (Lucien Jacques)
POEME 3 Je voudrais voir les gens qui poussent la guerre sur un champ de bataille (A. Ponsard)
POEME 4 Depuis six mille ans la guerre (Victor Hugo)
POEME 5 : Le cauchemar des deux mres
POEME 6 : Verbales chimres et tragiques dgots (pome dAlexis Danan)
POEME 7 : Solitude (Solitude : extrait de lalbum Sves)
POEME 8 Les Martyrs (Henry Jacques)
POEME 9 Le dfil ( F. Coppe)
POEME 10 Petit, lorsque tu seras grand ( Henensal, instit Roscoff, 1933)
POEME 11 Le dormeur du Val - (Arthur Rimbaud 1854-1891)
La Premire Guerre Mondiale a brutalis toute lEurope, marqu tout le 20me sicle. Le fascisme comme la Rvolution russe ne peuvent tre compris hors de cette matrice. Seuls, les grands industriels en ont tir profit.
Jai beaucoup vcu durant mon enfance Entraygues avec des "vieux de 14". Aprs 1918 , les anciens combattants du village avaient vot lunanimit cette inscription pour le monument aux morts local : "A tous ceux qui sont morts par force". La commune soutint leur proposition mais la prfecture, au nom de lEtat, linterdit.
En leur mmoire comme en mmoire de tous les morts, les gazs, les handicaps vie, les veuves, les orphelins... nous mettrons en ligne peu peu quelques textes et pomes, crits essentiellement par des combattants pendant et aprs la Premire Guerre Mondiale.

POEME 1
Maudis les corbeaux de malheur qui chantaient la guerre Extrait
... Un vieil homme pleure dans sa vigne.
Il avait deux gars. - Ils sont morts,
Morts vingt ans et de la guerre
Plus de joie pour lui seul lesseul ...
*****
Vide le nid et ses petits tus
Pendant le temps quil rptait
Tous ces mots creux mais bien sonores :
Gloire, tenacit et autres fariboles.
*****
Cest ton tourment, ces mots impies
Que des bavards perchs au loin
Tavaient souffls
Cest du poison dans ton vieux coeur.
*****
Tes gars sont morts ! - Pleure sur eux.
Pleure sur toi et plains leur mre
Et puis maudis... maudis... maudis
Les corbeaux de malheur qui chantaient la guerre.
Lucien Jacques (La pque dans la grange)
POEME 2
Je voudrais voir les gens qui poussent la guerre sur un champ de bataille (A. Ponsard 1814-1867)
*****
Je voudrais voir les gens qui poussent la guerre,
Sur un champ de bataille, lheure o les corbeaux
Crvent coup de becs et mettent en lambeaux
Tous ces yeux et ces coeurs qui senflammaient nagure.
*****
Tandis que flotte au loin le drapeau triomphant,
Et que parmi ceux-l qui gisent dans la plaine,
Les doigts crisps, la bouche ouverte et sans haleine,
Lun reconnat son frre et lautre son enfant.
*****
Oh ! Je voudrais les voir, lorsque dans la mle
La gueule des canons crache pleine vole,
Des paquets de mitraille au nez des combattants.
*****
Les voir tous ces gens-l prcher leurs thories
Devant ces fronts trous, ces poitrines meurtries
Do la mort a chass des mes de vingt ans.
POEME 3
Depuis six mille ans la guerre (Victor Hugo) Extraits
Les carnages, les victoires,
Voil notre grand amour ;
Et les multitudes noires
Ont pour grelot le tambour.
*****
Notre bonheur est farouche ;
Cest de dire : Allons ! mourons !
Et cest davoir la bouche
La salive des clairons.
*****
Lacier luit, les bivouacs fument ;
Ples, nous nous dchanons ;
Les sombres mes sallument
Aux lumires des canons.
*****
Et cela pour des altesses
Qui, vous peine enterrs,
Se feront des politesses
Pendant que vous pourrirez...
*****
Aucun peuple ne tolre
Quun autre vive ct ;
Et lon souffle la colre
Dans notre imbcillit.
*****
Cest un Russe ! Egorge, assomme.
Un Croate ! Feu roulant.
Cest juste. Pourquoi cet homme
Avait-il un habit blanc ?
*****
Celui-ci, je le supprime
Et men vais, le coeur serein,
Puisquil a commis le crime
De natre droite du Rhin...
*****
On pourrait boire aux fontaines,
Prier dans lombre genoux,
Aimer, songer sous les chnes ;
Tuer son frre est plus doux...
*****
Et laube est l sur la plaine !
Oh ! jadmire, en vrit,
Quon puisse avoir de la haine
Quand lalouette a chant.
POEME 4
Le cauchemar des deux mres
***** 1
Jai vu, dans un rve attrist,
Deux chaumires presque pareilles,
Et deux voix dans lobscurit,
Plaintives, qui frappaient mes oreilles.
***** 2
Chaque maison tait cache
Dans un de ces vallons prospre
Do la guerre avait arrach
Bien des enfants et bien des pres ...
***** 3
La neige posait lentement
Ses flocons sur les branches mortes ;
La bise au long gmissement
Pleurait par les fentes des portes.
***** 4
Les deux foyers se ressemblaient,
Et devant le feu des broussailles,
Deux mres, dont les doigts tremblaient
Songeaient aux lointaines batailles
***** 5
Leur esprit voyageait l-bas :
Point de lettre qui les rassure !
Quand les enfants sont au combat !
Pour les mres tout est blessure !
***** 6
Lune comme lautre invoquaient le ciel
Priant dans sa langue ou la ntre :
" Mein Kind ! mein Kind " O vie cruelle !
" Mon fils ! Mon fils " murmurait lautre.
***** 7
Et jentendais, au mme instant,
Sur un affreux champ de carnage,
Contre la souffrance luttant,
Gmir deux enfants du mme ge
***** 8
Les deux soldats se ressemblaient,
Mourant quand il fait bon vivre ;
Et leurs pauvres membres tremblaient,
Bleuis par la bise et le givre.
***** 9
Ils steignaient dans un ravin,
En proie aux angoisses dernires ;
Leurs yeux suivaient de loin en vain
La longue file des civires.
***** 10
Etrange rveil du pass,
Qui prcde ladieu suprme,
Evoquant pour chaque bless
La vision de ce quil aime ;
***** 11
Et ces deux mes, lheure sacre
O la mort, en passant, vous touche
Jetaient lappel dsespr !
Que les petits ont la bouche
***** 12
Les yeux remplis de souvenirs
Une main sur la plaie grande ouverte
Comme sils sentaient le froid venir
Dans la grande plaine dserte :
***** 13
" Mutter !... Mutter ! ... ( Mre )
Komm doch bei mir ( Viens, prs de moi ! ) :
" Maman !... Maman ! (Implorait lautre enfant )
Viens, je vais mourir !
Eugne Manuel
Pome 5
Verbales chimres et tragiques dgots
*****
Il clame ce Tyrte(1) aux insanglants lauriers
Que la mort nous est jeu facile
Quon rit, quon vibre daise aux chaleurs des charniers,
Tu sais bien quil ment, ce fossile !...
*****
... Redis-lui le grand cri de tous ces morts sans nom
Qui, sourds aux verbales chimres,
Nvoquaient, Patrie, fureur du canon
Que le pauvre front des mres
*****
... Dis-lui que nous fmes grands, peut-tre ; mais dis bien
Que nous tions sans voix et ples
Lorsque le vent hurlait la mort, comme un chien
Et que nous avions peur des rles.
*****
Et quil nous descendait de tragiques dgots
Au fond de lme haletante
A voir porter, la nuit, vers de sommaires trous,
Des morts dans leur toile de tente...
*****
Alexis Danan ( 7 avril 1917)
Note 1 Grec de lantiquit clbre pour ses louanges la guerre
Pome 6
Solitude
*****
...Cass en angle obtus peine,
En ses habits dune autre mode,
Un paysan claudique au lond des labours verts
*****
Les bls sont beaux.
Ils promettent duser, aux prochaines moissons
Lardeur des moissonneurs
Et le tranchant des faulx.
*****
Mais ni lespoir des gains futurs
Et ni la splendeur de lautomne
Ne font fluer la joie
Au coeur du vieux semeur.
*****
Il se penche vers tous les automnes passs
Lorsquil allait, robuste encore, par les sentes
Avec, auprs du sien, le pas lourd de son fils.
*****
Leur bonheur tait simple en leur humble maison
O ne vibrera plus le chant grave du garon
Que la guerre a couch dans les terres trangres.
*****
Et le vieillard cass pleure, solitaire...
Pome 7 Les Martyrs
*****
Vous qui dites : "Mourir, cest le sort le plus beau"
Et qui, sans le connatre exaltez le tombeau,
Venez voir de plus prs, dans ses affres fidle,
Cette mort du soldat qui vous semble si belle.
*****
Vingt hommes la file, au fond dune tranche,
Coltineurs dexplosifs sur leur tte penche.
Tout coup, cest la mort qui passe : un tremblement,
Un souffle rauque, un jet de flamme. En un moment
Les soldats ont fondu dans la rouge fume,
Et la terre en sautant sur eux sest referme.
Quand le brouillard puant sest enfin dgag,
Le nant : aux dbris du boyau mlangs
Des parcelles de chair et des bouts de capote,
Un bras nu, une main crispe sur une motte,
Des cheveux arrachs, de la boue et du sang.
On retrouverait deux, en les runissant,
Morceau de chair salie, de cervelle ou de molle
De quoi remplir peine une moiti de toile.
*****
Et cet autre ? Le soir, de veille son crneau,
Il sest laiss surprendre au moment dun assaut
Par les lance-flamme dune attaque hardie.
Echevel de pourpre et vivant incendie
Il court, mais de ses mains qui flambent peu peu
Cherche en vain darracher ses vtements en feu.
Il se tord comme un fer rouge dans une forge ;
Des cris terrifiants rissolent dans sa gorge
Qui vont pouvanter les veilleurs dans la nuit.
Il court sans savoir o, mais son bcher le suit.
La flamme, plus puissante, enfin, qui le terrasse,
Jette sur le sol cuit la flambante carcasse.
Une touffante odeur monte, de cuir grill.
Ce nest plus quun dbris tout recroquevill.
Et ce qui fut un homme la pense divine
En rougeoyants charbons lentement se calcine,
Laissant, en souvenir de son destin fatal,
Un tas de cendre o luit un fragment de mtal.
*****
Et les autres, les millions dautres, le dirai-je ?
A quoi bon voquer leur funbre cortge,
Et leur face tendue, et leurs gestes dments,
Les hommes aplatis sous les effondrements,
Les enterrs tout vifs dans les abris qui croulent,
Les fantassins fauchs par les balles en houle,
Les asphyxis, les crass, les massacrs,
Les malades crachant leurs poumons dchirs,
Spectres dont le bacille puise la poitrine,
Ceux qui mettent des mois mourir dans leur ruine.
A quoi bon ! Ils sont trop, on ne les connat plus.
Un monument, les mots exaltant leurs vertus,
Des fleurs et des drapeaux joyeux ! O morts de France,
Nest-ce pas quil ne faut quun douloureux silence,
A ceux dont la jeunesse a peupl les tombeaux ?
Que le sort des martyrs nest pas tellement beau ?...
Henry Jacques
La symphonie hroque
Pome 8
Le dfil
*****
...Le rgiment dfile, et lenfant sextasie,
Craintif, et se tenant la jupe saisie
De sa mre, il admire, avide et stupfait,
Et tremble. Tout coup, celle-ci, qui rvait,
Le regarde, et soudain elle devient peureuse.
La pauvre femme, qui nagure tait heureuse
Que pour son fils ce beau rgiment paradt,
Craint maintenant quil veuille un jour tre soldat ;
Et mme, bien avant que ce soupon sachve,
Son esprit a conu lpouvantable rve
Dun noir champ de bataille o, dans les bls verss,
Sous la lune sinistre, on voit quelques blesss
Qui, mouills par le sang et la rose amre,
Se tranent sur leurs mains en appelant leur mre,
Puis qui saccoudent, puis qui retombent enfin ;
Et, seuls debout alors, des chevaux ayant faim
Qui, baissant vers le sol leurs longs museaux avides,
Broutent le gazon noir entre les morts livides !...
F. Coppe
POEME 9
Petit, lorsque tu seras grand
*****
Petit, lorsque tu seras grand,
On te dira daller te battre,
Et lon te montrera du doigt
Ceux-l quil sagit dabattre.
*****
On te dira : cest lennemi.
Sus lui, petit, meurs ou tue,
Eventre-moi cet habit gris
Contre lequel tu tvertues ;
*****
Et toi tu marcheras, bard,
Sangl, parqu, numrot,
Vivant la tragique aventure
*****
Sans comprendre, enfoui dans la nuit,
Dans la misre et dans le bruit,
Noy dans la boue et lordure,
*****
Jusqu ce quun morceau de fer
Fasse un pauvre tas de sa chair
Et la disperse en pourriture.
Henensal, instit Roscoff, 1933
POEME 10
Le dormeur du Val - (Arthur Rimbaud 1854-1891)
Cest un trou de verdure o chante une rivire
Accrochant follement aux herbes des haillons
Dargent ; o le soleil de la montagne fire,
Luit : cest un petit val qui mousse de rayons.
*****
Un soldat jeune, bouche ouverte, tte nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est tendu dans lherbe, sous la nue,
Ple dans son lit vert o la lumire pleut.
*****
Les pieds dans les glaeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
*****
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au ct droit.
(Posies souvenirs)
ces pomes ont t pris d'un site web : www.prs12.com
    



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: 22/04/2008

: : Dix pomes contre la guerre    05, 2009 7:43 am

des grands poetes merci chere soeur

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Dix pomes contre la guerre
          
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